YOU’RE GONNA MISS ME La saga psychédélique de Roky Erickson et du 13th Floor Elevators

Si la scène de San Francisco des années soixante est bien documentée, force est de constater que la scène texane de cette même période l’est beaucoup moins. Ce livre a pour but de relater une des histoires les plus remarquables du rock’n’roll, celle des 13th Floor Elevators. Ce groupe, unique en son genre, est à l’origine du rock psychédélique, précurseur du punk et l’on peut certainement créditer Roky Erickson comme étant également à l’origine de l’horror rock avec sa carrière solo. Le groupe a également connu un destin hors du commun, jugez plutôt : quelle autre formation peut se targuer d’avoir vu ses membres internés plusieurs fois en hôpital psychiatrique, faire la guerre du Vietnam, vivre dans une grotte, être emprisonnés et subir un traitement aux électrochocs ? Pourtant, les 13th Floor Elevators, c’est tout ça en un seul groupe. Un groupe qui a vécu de fin 1965 jusqu’à mi-1969, et qui a sorti trois albums studio fondateurs alimentés par toutes les drogues possibles et imaginables. Ils ont laissé une trace indélébile dans le paysage musical en influençant de nombreux groupes, de ZZ Top à Led Zeppelin en passant par Janis Joplin.

Extrait :

Jack McClellan (K) : Dieu seul sait de quoi ils ont vécu. Tommy pouvait aller chez IA et repartir avec leur aumône insignifiante – peut-être cinquante dollars pour
tenir quinze jours. Des trucs tout aussi peu satisfaisants que ça. Mais tout allait bien pour Tommy puisqu’il pouvait acheter autant d’acides qu’il voulait. Il s’en foutait de manger ou de payer les dettes, il s’en foutait que la mère Walton avait déjà lâché des milliers de dollars. Il était complètement sous l’emprise de la personnalité de Ginther, parce qu’il avait pris des acides une fois avec lui, ce qui montre à quel point Tommy était sophistiqué. Au moment où j’ai commencé à m’occuper des finances du groupe, ce manège était déjà établi. Chaque fois qu’ils avaient une centaine de dollars, Tommy prenait l’avion pour San Francisco, achetait de l’acide et revenait au Texas. Je me suis finalement permis d’être un peu large avec John Ike jusqu’au point de le laisser s’acheter une moto parce que je pensais que Tommy s’était approprié une grande part de ce qui leur revenait. Il ne gardait pas tout pour lui, oh non ! Il dépensait tout avec eux. Mais on peut comprendre pourquoi John Ike voulait manager le groupe, pour protéger sa part. J’étais supposé nettoyer tout ce merdier, et en fait ce que j’ai fait a aidé à accélérer leur séparation. Tommy se foutait de tout. Il aurait vendu son âme pour la célébrité ; il se laissait volontiers escroquer par tous ces mecs. John Ike ne voulait pas et Roky n’était au courant de rien.
Les patrons de IA étaient des hommes d’affaires habiles et ils faisaient tout ce que les labels ont pour habitude de faire, ils divisaient pour conquérir : reconnaître la hiérarchie du groupe et appuyer sur leurs faiblesses. IA a fait d’autres promesses non tenues pour remplacer leur matériel, réserver une tournée nationale et leur donner plus de temps en studio pour un nouvel album. Tommy pensait qu’un retour à San Francisco causerait plus de problèmes qu’il n’en résoudrait et qu’en restant chez IA, qui voulait des chansons, il pouvait avoir un plus grand contrôle artistique. Malgré les rumeurs d’offres de Capitol et de Columbia, Elektra Records les avait apparemment contactés pour leur faire une offre sérieuse. Le label était surtout connu pour la musique folk, mais avait commencé à avoir du succès avec des groupes rock comme Love début 1966 et avait réussi à se positionner sur le marché du rock. Le chanteur de Love, Arthur Lee, a recommandé un autre groupe de L.A., les Doors, qui ont sorti leur premier album éponyme en janvier 1967. Bien que pas aussi ouvertement psychédélique que les Elevators, c’était l’un des rares albums de l’époque à avoir des paroles principalement centrées sur l’expérience psychédélique. Le psychédélisme commençait à entrer sur le marché grand public.
Chronique parue dans Abus Dangereux ici. (cliquez sur l’image pour l’agrandir.)
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