LED ZEPPELIN – Stairway to Heaven

 

Richard Cole, directeur de tournée de Led Zeppelin pendant douze ans – toute la carrière du groupe – a tout vu et tout vécu avec Robert Plant, Jimmy Page, John Paul Jones et John Bonham. Des débuts modestes dans les petits clubs anglais jusqu’à la consécration quelques mois plus tard aux États-Unis dans des stades combles. Led Zeppelin a révolutionné le monde de la musique par ses chiffres de ventes astronomiques, ses gains totalement inédits et un rapport très agressif avec les promoteurs et leur maison de disque. Évidemment, la médaille a un revers, le fameux triptyque sexe, drogue et rock’n’roll, les excès, la fatigue et les tragédies personnelles ont fini par laisser des traces. L’intérêt anecdotique et discret de Jimmy Page pour les sciences occultes a lui aussi fini par avoir des répercutions sur le groupe en déclenchant une rumeur de malédiction. Au bout du tunnel, c’est finalement John Bonham qui paiera le prix fort de ce mode de vie décadent et extrême. L’héritage du groupe est immense, « Stairway to Heaven », « Rock and Roll » et « Black Dog », pour ne citer que celles-là, sont autant de chansons qui ont marqué leur époque et qui continuent à fasciner aujourd’hui encore.

Le groupe est monté dans la voiture et je me suis mis au volant pour faire le trajet de 320 kilomètres. Kenny Pickett était seul dans le camion de location. L’état de la route était mauvais dès le départ – neige fondue et congères – et ça allait en empirant. Alors que nous glissions et dérapions, la visibilité a empiré. Je devenais de plus en plus nerveux.

« Vous avez fait vos testaments les mecs ? » ai-je plaisanté nerveusement.

Personne n’a ri.

Pour essayer de me calmer, j’ai plongé ma main vers la banquette arrière et j’ai attrapé une bouteille de whisky. Je l’ai tendu à Bonzo et je lui ai dit : « Ouvre-la ! Vite ! Il faut que je me relaxe ! » La bouteille a circulé et tout le monde a bu quelques coups.

À peu près à mi-chemin, l’état de la route était pratiquement impraticable. Devant nous à travers la tempête, je voyais quelques voitures de la police d’État garées les gyrophares en marche. Ils avaient placé des barrières. « Merde », je me suis dit. « Ces bâtards n’ont pas intérêt à nous faire faire demi-tour. »

Alors que nous nous arrêtions, un flic s’est approché à pied de notre voiture. J’ai ouvert la fenêtre de la voiture et il nous a crié : « Le col de Snoqualmie est impraticable. Il neige trop. Sortez de l’autoroute et faites demi-tour. »

Nous avons grogné devant la possibilité de passer une autre nuit à Spokane. J’ai commencé à penser aux autres groupes – les Beatles, les Rolling Stones. Je me demandais s’ils s’étaient déjà retrouvés dans des pétrins comme celui-là. Je commençais à me demander si j’allais arriver à nous sortir de celui-là.

Toutefois, pendant le temps qu’il m’a fallu pour sortir de l’autoroute, j’avais déjà décidé que j’allais continuer à rouler vers Seattle. Peut-être que le whisky m’avait redonné un peu de courage, mais quand nous sommes arrivés en haut de la bretelle de sortie, j’ai annoncé : « On va passer de l’autre côté de cette putain de bretelle et on va revenir sur l’autoroute. Je me fous de ce que disent les flics. Ils ne nous verront pas et ne nous rattraperont jamais. »

J’ai contourné l’échangeur et je suis revenu sur l’autoroute et nous avons continué vers Seattle. Je me sentais victorieux, comme si j’avais embrouillé la police d’État. Mais après quelques minutes, j’ai compris que les flics avaient peut-être raison.

Les couches de neige alternaient avec les torrents de pluie et de grêle. Les vents étaient féroces. Nous étions la seule voiture sur l’autoroute. Des parties de la route étaient recouvertes de glace et la voiture glissait d’une voie à l’autre. Si les conditions avaient encore empiré, j’aurais pu éteindre le moteur et nous laisser glisser vers Seattle.

À ce moment-là, j’ai vraiment eu peur. Mais je ne voulais pas que le groupe le voit. Comme Jimmy et moi avions travaillé ensemble dans le passé, il avait confiance en moi et pensait – sans doute à tort – que je savais ce que je faisais. Il était aussi en train de combattre la grippe de Hong Kong et n’avait pas beaucoup d’énergie pour se plaindre de quoi que ce soit.

Cependant, le reste du groupe était complètement terrifié par ma conduite, particulièrement dans les virages en épingle. Ils avaient toutes les raisons d’avoir peur. À un moment, nous avons approché d’un long pont suspendu étroit qui était en fait en train d’onduler sous les rafales de vent. Si on avait fait voter les gens dans la voiture, nous ne serions pas allés plus loin. En fait, à ce moment-là, j’étais presque prêt à faire demi-tour.

Nous nous sommes lancés sur le pont. Je pouvais le sentir trembler sous nous, et mon cœur s’est accéléré. Nous étions si près du bord – et si près de faire une chute de 30 mètres environ – que Bonzo et Robert sont devenus complètement frénétiques.

« Richard, espèce de trou du cul, tu vas tous nous tuer », a crié Robert en prenant la bouteille de whisky des mains de John Paul.

« Oh mon dieu », a crié Bonzo. « Tu peux pas t’arrêter et attendre que la tempête s’arrête ? »

J’ai répliqué : « La ferme, bande d’enfoirés, contentez-vous de boire du whisky. » Par peur et frustration, j’ai mis le pied au plancher et la voiture s’est lancée. Une minute plus tard, nous étions en sécurité de l’autre côté du pont.

Un kilomètre plus loin, j’ai arrêté la voiture. Il fallait que j’essuie le pare-brise – et que je me soulage de l’alcool que j’avais bu. Il faisait froid donc j’ai travaillé vite – mais apparemment pas assez vite. Alors que je pissais dans un des buissons tout près, la voiture a commencé à reculer en glissant sur la route glacée. Le frein à main était mis, mais la voiture était en train de glisser vers un précipice et une chute de 15 mètres.

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